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La mère de l'officierby Matthieu CôteAlbum: EponymeUn p'tit garçon, les cheveux blonds, la tête d'un ange Joue à la guerre, imite ses frères qui imitent les hommes Rose et mignon, comme tout lardon qui sort des langes Les yeux très clairs, les yeux d'sa mère, haut comme trois pommes Il a eu d'la chance à la naissance, la p'tite crapule Il a vu l'jour bordé d'amour dans une clinique Parents d'vieille France, le nom commence en particule Le fait l'entoure, le pare d'atours très catholiques Famille nombreuse, famille heureuse, famille modèle Propriétés, voilier d'été et chien de race Grand-mère gâteuse, tante religieuse, cousine si belle, Dans leurs chemisiers, leurs jupes plissées, premières d'la classe Et sa mère attendrie qui guette son mari qu'elle aime comme un père Jeune et nouveau foyer qui surveille la portée, la couve et la nourrit Qui accouche ravie tout les ans et demi sans se mettre en jachère Sans se laisser souffler, grenouille de bénitier, elle veut son paradis Elle regarde émue son marmot ingénu qui s'amuse à la guerre Qui, avec ses frangins, toute sa bande de cousins, se chamaille dans le parc Ces gosses roses et joufflus dont elle torche les culs et dont elle est si fière Qui se refont Verdun puis poussent des cris d'indiens, se fabriquent des arcs Le chérubin, le doux bambin, se développe Il a l'enfance jouée d'avance de ses grands frères Il fait son chemin, s'fait des copains aux Scouts d'Europe Et déjà pense servir la France et faire carrière Collège privé, lycée privé et catéchisme Une gueule d'amour avec ça, tout pour réussir Tête rasée, parka cirée et du charisme Et enfin l'jour du fameux concours de Saint-Cyr Il est reçu, il est bizut, il fait ses classes Travaille beaucoup, se prend des coups, sait en donner Il est promu et reconnu, il se surpasse Et ça vaut l'coup, vient le jour où il est diplômé Ce jour, tout son clan assiste fièrement aux rites officiels Toute la clique des tarés est là, costumée comme pour un carnaval Les discours navrants des petits dirigeants et puis vient le cocktail Les casquettes lancées dans des cris de gaieté qui ouvrent enfin le bal Et, au milieu des bravos, sa mère dans un sanglot qui l'embrasse, qui rigole Heureuse, exaltée d'avoir une lignée dont elle puisse être si fière Dieu que son fils est beau, elle touche son calot, elle réajuste son col Rien ne fait plus rêver qu'un jeune homme officier... surtout en temps de guerre «Ma chère maman» écrit-il dans ses rares courriers Et puis s'ensuit le long récit de ses faits d'armes Enrobés dans des mots gluants et ampoulés Il a l'souci sa mère de lui tirer des larmes Et elle pleureuse, elle rageuse, elle défaite, Elle chagrin, qui prend ses mains pour des mouchoirs Elle reste pieuse et courageuse, elle se tient prête Pour qu'enfin sonnent la fin et la victoire Et un matin il s'en revient, son cher enfant Il fait très beau, la météo se moque des clichés Il s'en revient... dans du sapin les pieds devant Sous un drapeau, de papier cadeau, de l'Armée Et sa mère, sa mère effondrée qui parait étonnée de cette fin brutale Peut être pensait-elle son fiston immortel ? Que croyait-elle, l'idiote, Que son môme officier était immunisé, qu'il déviait les balles ? Le monde est bien cruel, elle s'en remet au ciel, l'imbuvable bigote, Mais le plus révoltant c'est que cette chère maman ne l'est pas, révoltée, Elle ne vomit même pas contre Dieu ni l'Etat un légitime venin Le jour de l'enterrement, elle reçoit dignement la famille endeuillée Qui lui presse le bras et qui se dit tout bas que le noir lui va bien... Et elle croise les bras et elle se dit tout bas... que le noir lui va bien |
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